Keep calm and spy on : une histoire d’espionnage dans Londres en 10 chapitres

Je suis très heureuse de publier ici l’intégralité du feuilleton « Keep calm and spy on » que je vous ai proposé cette semaine sur instagram. C’est une aventure d’espionnage dans Londres en 10 épisodes, écrite par la talentueuse Gabrielle Blanchout alias  Wonderpigiste  .

La naissance de ce projet

C’est d’ailleurs sur ce réseau social que l’aventure a commencé en décembre dernier. Je revenais de  Londres  et avais posté la première photo en demandant à des lecteurs d’imaginer ce qui pourrait se cacher derrière la porte de cette maison.

Gabrielle m’a répondu par commentaire en imaginant le premier chapitre de cette histoire. J’ai été bluffée et lui ai demandé si ça la tenterait d’écrire la suite de cette aventure sur d’autres photos de Londres.

Elle m’a dit oui : je lui ai envoyé des photos intrigantes de Londres et quelques temps plus tard elle m’a envoyé le feuilleton «  Keeep calm and spy on ». Est-ce que je dois vous préciser que j’avais les yeux embués en découvrant l’histoire qu’elle a cousu main à partir de mes photos ? Gabrielle, tu m’épates !

Après avoir publié des chapitres chaque jour sur instagram cette semaine, voici l’histoire en entier :

Keep calm and spy on

Chapitre 1

Daphné suivait le flot des employés de la City. Dans des bourrasques de vent hivernal, ils pressaient le pas pour rejoindre le métro et enfin rentrer chez eux. La dame qui marchait juste devant elle était d’allure banale. D’un coup, elle tourna à gauche, vers une petite maison en pierre, entourée de bâtiments beaucoup plus hauts. Après avoir regardé autour d’elle, elle frappa à la porte.

Quelques secondes plus tard, un valet en uniforme vint ouvrir. De l’intérieur s’échappaient de la musique et quelques tintements de verre. Quand la porte se referma, Daphné s’approcha. Sur la porte était inscrit le nom d’un club privé. Après avoir observé l’anglaise entrer dans cette drôle de maison, la jeune femme fit mine de poursuivre son chemin juste le temps de s’introduire dans un des hauts bâtiments adjacent. Là, elle monta directement au 4ème étage, rentra dans un bureau inoccupé et retira son trench et son béret.

En dessous, elle portait une combinaison noire. Elle enfila un masque noir également, vérifia sa montre, ouvrit la fenêtre et se glissa sur un rebord en béton juste au dessus du toit de la maison. Vérifiant une dernière fois sa montre, elle s’élança d’un bond souple et atterrit sur le toit de la maison.

Comme prévu, la lucarne de toit était ouverte. Elle se glissa à l’intérieur dans ce qui se trouva être un grenier poussiéreux. La jeune femme dé-zippa sa combinaison et laissa apparaître en dessous une robe de soirée qu’elle rajusta avant d’extirper de la poche de la combinaison une pochette en soie. Elle en sortit un bâton de rouge à lèvre et un miroir de poche. Replaçant quelques mèches de son chignon, elle appliqua une couche de rouge carmin avant de cliquer deux fois sur le haut de l’étui à rouge à lèvre et de chuchoter dans l’émetteur qui y était dissimulé :

« Agent 008 en place ».

Chapitre 2

Une fois sortie sur le palier et après un bref coup d’oeil par dessus la balustrade pour s’assurer que la voie était libre, Daphné commença à descendre l’escalier qui s’élargissait et se chargeait en ornements au fur et à mesure qu’elle descendait les étages. Le bruits de conversations et de verres qui s’entrechoquant devenaient également de plus en plus forts au fil des étages.

Soudain, elle entendit un bruit de pas dévalant l’escalier juste au dessus d’elle. Elle se retourna vivement, mais n’eut que le temps d’apercevoir une paire de chaussures qui sembla disparaitre aussitôt dans une pièce du palier juste au dessus. Arrivée en bas elle fronça les sourcils : quelque chose clochait.

Un coup d’oeil autour d’elle le lui confirma, les chaussures qu’elle venait d’apercevoir n’étaient pas du tout en accord avec la tenue des gentlemen présents ici ce soir. Smoking et chaussures noires impeccablement cirées semblaient en effet de rigueur. Celles qu’elle avait vues dans l’escalier étaient bleues et blanches. Des chaussures de voyou pensa-t-elle, mais elle n’avait pas le temps de s’y attarder. Un coup d’oeil à sa montre le lui confirma. Elle devait se dépêcher.

Afin de se donner une contenance, elle attrapa une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur passant à proximité et traversa les salles de réception pour rejoindre l’autre escalier de la maison, celui qui menait à ce qui était autrefois les quartiers des domestiques. Arrivée en haut de l’escalier, elle sentit soudain se dresser les petits cheveux dans le bas de sa nuque.

 

Chapitre 3

Son instinct lui criait que des yeux étaient posés sur elle. S’adossant un instant à la balustrade de l’escalier, elle prit le temps d’observer la pièce de réception qu’elle venait de traverser. Sous la lumière du chandelier en cristal se mêlait tout ce que Londres comptait de grosses pointures en ses temps de guerre, mais personne ne semblait faire attention à elle.

Rassurée,  elle vida sa coupe d’un trait, grimaça au contact du champagne tiède et, après un dernier coup d’oeil à droite et à gauche, s’engagea dans l’escalier. Il était beaucoup plus étroit que le précédent et très faiblement éclairé. Elle avait même du mal à voir où elle mettait les pieds. Arrivée en bas, un couloir bordé d’une rangée de portes fermées s’étalait devant elle. Sans hésiter, elle se dirigea vers la dernière, priant pour que ses renseignements soient bons. Devant la porte, elle retira l’une de ses épingles à chignon, et crocheta la serrure qui céda facilement.

Elle entra et referma la porte derrière elle avant d’allumer la lumière. Les néons clignotèrent un moment avant d’illuminer de leur lumière blafarde des rangées d’étagères croulant sous les documents. Même si elle savait que ce n’était pas possible, Daphné avait l’impression que certains moisissaient là depuis l’époque de la Reine Victoria. Certaines étagères étaient parfaitement ordonnées, quand d’autres semblaient avoir été mise à sac. Attrapant un premier dossier, elle constata que les rats avaient fait la fête ici, tout comme les humains le faisaient à l’étage supérieur.

Elle soupira. Son indic avait raison, ça allait être comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Tout ce qu’elle espérait, c’est qu’elle aurait assez de temps pour trouver le document, et surtout, qu’aucun des invités n’aurait l’idée saugrenue de descendre dans ces quartiers que leurs ancêtres devaient éviter comme la peste.

Chapitre 4

Cela faisait maintenant plusieurs heures, qu’elle cherchait et elle n’avait toujours rien trouvé. La poussière lui piquait le nez et lui irritait les yeux. Elle avait pourtant procédé méthodiquement, étagère par étagère, en vain. Est-ce qu’elle allait devoir abandonner sa mission ? Elle songea à l’enjeu et secoua la tête pour reprendre ses esprits. Non, impossible d’abandonner.

Elle s’étira le dos quelques instants et, levant la tête, aperçut un dossier qui ne ressemblait pas aux autres. Protégé par une chemise de cuir noir, il n’était pas recouvert de l’épaisse de couche de poussière que portaient les autres. Elle fronça les sourcils. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose. Au moment où elle tendit sa main pour attraper le dossier, elle entendit un bruit dans le couloir. Elle s’immobilisa alors, tous les sens en éveil, concentrée sur les bruits de l’autre côté de la porte.

Oui, il y avait décidément quelqu’un qui venait par là. Si cette personne avait la clef, cela voulait dire qu’il ne lui restait plus que quelques secondes pour trouver un plan. En quelques mouvements souples et silencieux, elle se colla contre le mur juste à côté de la porte et éteignit la lumière. La porte s’ouvrit en grinçant et, au moment où l’inconnu entra dans la pièce, elle en profita pour passer derrière lui et s’échapper. « Bloody hell », s’exclama l’homme qu’elle venait de bousculer. Mais elle avait déjà atteint l’escalier dont elle monta les marches quatre à quatre.

Arrivée en haut, elle se débarrassa du dossier en cuir derrière le pot d’une énorme plante verte, non sans en avoir retiré les documents qu’il contenait. Elle les plia rapidement et les glissa dans sa pochette en soie.

Puis, agitant la main, comme si elle voyait quelqu’un de sa connaissance à l’autre bout de la pièce, elle s’éloigna le plus rapidement possible de l’escalier. Enfin, un majordome impassible lui ouvrit la lourde porte en bois en la gratifiant d’un « Good evening Madam » et elle se retrouva dans la rue d’un Londres scintillant de lumières.

Chapitre 5

Elle eut à peine le temps de reprendre sa respiration, qu’elle entendit des bruits de pas derrière elle. Sans réfléchir, elle se mit à courir, en escarpins et robe de soirée, parmi les passants emmitouflés.

Elle bouscula un couple élégant qui, en bons anglais, s’excusèrent à sa place. Puis elle passa à toute allure au milieu d’une bande de jeunes hommes qui l’interpellent d’un « why such a hurry love?! », avant de tourner dans une petite ruelle. Pensant avoir semé son poursuivant, elle s’arrêta pour reprendre sa respiration.

Mais dans la lumière des lampadaires, tout au bout de la ruelle, se découpa soudain une silhouette masculine. Elle se remit alors à courir mais elle savait qu’elle ne pourrait pas tenir le rythme beaucoup plus longtemps. Il fallait qu’elle trouve une idée pour disparaitre dans la ville. Vu le monde un peu partout, ça ne devait pas être bien difficile ! Si seulement elle avait quelques minutes pour réfléchir… Big Ben venait de sonner 21h, quand elle passa devant les vitrines de Fortnum & Mason.

Le grand magasin faisait justement nocturne ce soir là. Une idée lui vint et elle s’engouffra par les portes tournantes.

La lumière y était éblouissante. Elle traversa les rayons à toute allure. En passant au rayon confection féminine, elle subtilisa une petite veste, dans la poche de laquelle elle glissa la pochette en soie qui contenait le précieux document. Au rayon chapeau, elle s’affubla d’un bibi. Et lorsqu’elle traversa le rayon maroquinerie, elle échangea ses chaussures à talon contre des ballerines plates. Puis, elle reprit sa course, mais cette fois en marchant aussi vite qu’il lui était possible de le faire sans se faire remarquer dans la foule compacte et parfumée.

Enfin, elle finit par ressortir par une autre issue que celle qu’elle avait empruntée en entrant. Après avoir jeté un coup d’oeil derrière elle, rassurée, elle s’engouffra dans le métro.

Chapitre 6

Une fois sur le quai, elle put enfin souffler. Sortant son rouge à lèvre et le petit miroir de sa pochette en soie, elle réappliqua une couche de rouge sur ses lèvres et, juste avant de ranger le tout, cliqua deux fois sur le haut du bâton avant de se détourner pour murmurer « Ici agent 008, extraction réussie ». C’est alors qu’elle vit du coin de l’œil, une paire de chaussures bicolores entrer dans son champ de vision. Comment avait-t-elle pu être aussi idiote ?

Relevant la tête pour évaluer comment se tirer de ce mauvais pas, elle fut surprise de voir un jeune homme souriant lui tendre une barrette diamantée. La même qui se trouvait actuellement – ou plutôt aurait dû se trouver – dans ses cheveux. « -Vous alors, vous n’êtes pas facile à attraper », dit le jeune homme, toujours en souriant. Elle tendit la main pour prendre la barrette et, tout en la replaçant dans sa chevelure, répondit « -C’est que je suis attendue ailleurs. Mais je vous remercie d’avoir fait tant d’efforts pour me rapporter cette barrette ». Elle s’apprêtait à tourner les talons quand il la saisit par le bras. « -Pas la peine de me remercier, il suffit juste de me laisser vous offrir un thé ».

Elle le regarda alors plus attentivement, depuis la pointe de ses chaussures de voyou jusqu’à ses cheveux ébouriffés sous sa casquette en tweed en passant par ses yeux bleus pétillants de malice. Mis à part ses chaussures, il avait l’air assez inoffensif et… elle devait bien se l’avouer, plutôt mignon.

« -Ecoutez, vous êtes bien aimable, mais je vous ai dit que j’étais attendue ». « -Je suis sûr que, qui que ce soit qui vous attende sera tout à fait disposé à vous attendre encore un peu. Il y a un troquet juste à l’extérieur de la station qui fait les meilleurs English Breakfast de la ville ». Il se pencha alors vers elle et ajouta en chuchotant : « -Ils ont même du bacon ».

« -Vous savez parler aux femmes, vous », fit-elle en riant devant son air canaille. « Bon, c’est d’accord ». Après tout, elle ferait bien de s’assurer qu’il était vraiment si inoffensif qu’il ne le paraissait et surtout, qu’il n’avait absolument rien à voir avec sa mission de la soirée. En plus, elle avait faim.

Chapitre 7

Quelques minutes plus tard attablée devant un All Day breakfast (mais où avaient-ils pu trouver du bacon et de la saucisse en ses temps de rationnement ?), elle n’avait déjà plus aucun doute. Avec son drôle d’accent du nord de l’Angleterre et la candeur avec laquelle il lui racontait son passé de petit voyou des rues, il était évident qu’il ne représentait aucune menace pour elle. Elle se détendit un peu et, enserrant son mug de thé brulant entre ses mains, lui demanda tout de même  :

– Que faisiez-vous à cette soirée ?

– Je suis le chauffeur et homme de main de Lord Bingham.

– Vous faites les sales besognes quoi…

– Exactement ! Mais Lord Bingham a environ 132 ans donc ses sales besognes sont limitées maintenant.

– Je vois… Il me semble tout de même vous avoir croisé dans les étages de cette maison. Un peu étrange pour un chauffeur, non ?

Il rejeta la tête en arrière et rit à gorge déployée.

– Vous êtes bien méfiante… Vous êtes dans les services secrets ou quoi ?

– Ne soyez pas ridicule, je suis journaliste pour la rubrique mondaine du Times.

Il hocha la tête, tandis qu’elle prenait une gorgée de thé.

– Vous ne m’avez toujours pas dit ce que vous faisiez dans les étages…

– Goodness ! Vous avez vu l’heure ? dit-il en consultant sa montre. Je suis désolé, je dois vous quitter, mais permettez-moi de m’occuper de ça…

Il se pencha au dessus d’elle pour attraper la fiche que la serveuse avait coincé sous le pot de thé, effleurant sa nuque comme par inadvertance. Un instant déstabilisée, elle reprit ses esprits alors qu’il était déjà en train de finir de payer à la caisse. Avec un petit signe de la main, il remit sa casquette en tweed et sortit.

Elle finit sa tasse de thé tranquillement, réfléchissant encore un peu à ce drôle de garçon, avant de se décider à le classer définitivement dans la catégorie inoffensif. Enfin, pour ce qui concernait sa mission. Pour le reste… Ce n’était vraiment pas le moment. Elle ouvrit sa pochette, dans l’idée de sortir son miroir de poche afin de vérifier discrètement que personne ne l’attendait dans la rue, et sentit son sang se glacer. Le document qu’elle avait eu tant de mal à récupérer avait tout simplement disparu.

Chapitre 8

Le lendemain matin, c’est d’une humeur de chien qu’elle se rendit à Bletchley Park. Bon sang, comment expliquer à son chef qu’elle avait perdu, aussitôt après l’avoir récupéré, le document que ses équipes avaient mis des mois à localiser ? Elle salua Sylvia, la secrétaire, qui lui fit signe d’entrer directement. A sa grande surprise, le commandant Stirling n’était pas seul. Lorsque son invité pivota sur son siège, elle découvrit le jeune chauffeur de Lord Bingham. Fronçant les sourcils, elle se tourna vers le commandant :

– Jim, tu peux m’expliquer ce qu’il se passe ?

– Assieds toi Daphné, répond Jim Stirling en lui indiquant la deuxième chaise positionnée devant son bureau.

La jeune femme s’assit, croisant les bras et toisant son voisin qui lui jeta un regard goguenard.

– Je parie que vous ne pensiez pas qu’on se reverrait si tôt, lui souffla-t-il avec un clin d’oeil.

– Est-ce que quelqu’un va finir par m’expliquer ce qu’il se passe ? demanda la jeune femme en l’ignorant royalement.

– Daphné, je vous présente Walt, ou plutôt l’agent Dwight, intervint enfin Stirling. Walt est l’un de nos agents doubles auprès des réseaux de sympathisants nazis à l’œuvre au Royaume Uni. Walt, je vous présente Daphné Lafleur, l’une nos meilleures agent de terrain.

– Vous saviez que nous étions du même bord ? demanda Daphné à Walt.

– Pas du tout, je le découvre comme vous ce matin !

– Non, aucun de vous deux n’était au courant. Mais nous voulions voir comment vous fonctionniez ensemble sur le terrain.
– J’imagine que le résultat n’est pas concluant… soupira Daphné.

– Bien au contraire ! D’ailleurs, nous avons une mission pour vous deux.

– Attendez, vous voulez que l’on travaille ensemble ?

– Et bien, cachez votre joie ! intervint Walt, hilare. Daphné le toisa de nouveau.

– Allons, allons, les enfants, vous êtes tous les deux parmi nos meilleurs agents. Nous avons besoin que vous transmettiez le document récupéré hier à un agent allemand. Bien entendu, avant cela, il aura été légèrement modifié afin que les informations qui parviennent à l’ennemi se révèlent juste assez fausses pour les induire en erreur quant aux intentions des anglais et de leurs alliés américains.

Chapitre 9

Quelques jours plus tard, Daphné et Walt arpentaient, bras dessus, bras dessous, les allées de la plus ancienne librairie londonienne, comme le couple de jeune mariés qu’ils étaient censés personnifier.

– Allons, Darling, tu en fais une tête ! Tu es encore fâchée au sujet de ma petite blague de l’autre soir ? demanda Walt.

– Penses-tu chéri ! Mais c’est déjà pardonné. Je sais très bien que c’est Jim qui t’a entraîné là-dedans… ce genre de… performance… n’est pas vraiment ton genre.

Walt rejeta la tête en arrière et partit de ce rire tonitruant qu’elle commençait à connaitre.

– Ainsi, tu ne me crois pas capable de te duper par moi-même ?

– Mais non baby, tu as un visage bien trop honnête pour cela.

– Oui, enfin c’est quand même moi qui ait fini par obtenir ce que nous convoitions tous les deux.

– Simple coup de chance, my love !

– Ah c’est vraiment ce que tu penses ?

– Et bien, oui !

Ils se regardèrent un instant. Chacun ayant perdu son sourire.

– Tu es vraiment adorable ! dit-il avant de poursuivre a mi-voix, allons, cessons là cette querelle, n’oublie pas que nous sommes censés être de jeunes mariés. Nous allons ficher en l’air notre couverture. Et à son grand agacement, il lui planta un baiser sur le bout du nez.

Le commandant Stirling les avait informés que l’agent du renseignement allemand se faisait passer pour français. Daphné et Walt devaient donc cacher le document dans un exemplaire de Terre des Hommes qu’Antoine de Saint-Exupéry avait publié en 1939, juste avant que n’éclate la guerre. Ils repérèrent le rayon où se trouvaient la littérature française puis, Walt bloquant de ses larges épaules la vue depuis l’allée centrale, Daphné glissa le document à la page convenue. Puis, attrapant quelques livres au passage, ils continuèrent leur chemin et leur discussion de « jeunes mariés » jusqu’à la caisse, où ils payèrent leurs ouvrages avant de sortir.

– Bon, je pense que c’est ici que nos chemins se séparent, dit Daphné, en se plantant devant lui à quelques mètres de la librairie. Il la regarda en fronçant les sourcils.

Chapitre 10

Le lendemain, Daphné roulait à vive allure dans sa décapotable à travers la campagne anglaise, si verte qu’elle en paraissait presque fluorescente. Un foulard et des lunettes de soleil protégeaient ses yeux et ses cheveux du vent. Tout en conduisant d’une main, un œil sur le miroir de courtoisie, elle réappliqua une couche de rouge carmin avant de cliquer sur le haut du bâtonnet et d’y annoncer : « Ici l’agent 008, E.T.A. trois heures et quarante cinq minutes, je serais là à temps pour le thé ». En remettant le bâtonnet dans la boite à gants, elle vérifia encore une fois que le document pour lequel elle avait fait tout cela s’y trouvait bien. Elle était plutôt fière d’elle sur ce coup. Le document était une copie de celui qu’elle avait récupéré l’autre soir, avant que les anglais ne le modifient pour le compte des allemands.  Rassurée, elle se surprit à songer à Walt et à leur dernier échange, lorsqu’elle avait voulu le planter là en sortant de la librairie.

– C’est vrai, tu m’avais dit que tu avais des courses à faire, Darling, j’avais oublié… avait-il dit, avant de l’attirer à lui et de l’embrasser fougueusement.

Alors qu’elle tentait de le repousser, furieuse, il l’avait encerclé de ses bras et, les nez plongé dans ses cheveux, lui avait murmuré à l’oreille « -Allez, ne soit pas mauvaise joueuse ! Je suis désolée pour l’autre soir, mais n’oublie pas que nous devons être crédibles jusqu’au bout, on nous observe peut-être encore». Elle s’était donc laissé faire. Et elle devait bien s’avouer que cela n’avait pas été désagréable…

Se reverraient-ils un jour ? Tout était si incertain en ces temps de guerre, surtout dans leur domaine. Et puis de toute manière, vu sa situation, à quoi cela les mènerait-il ? Elle aurait bien aimé quand même qu’il sache que c’était elle qui avait gagné au final… mais il allait falloir qu’elle garde sa couverture jusqu’à la fin de la guerre.

Walt ne saurait peut-être même jamais qu’elle était, elle aussi, un agent double. Elle se sourit dans le miroir puis appuya sur l’accélérateur. La route était encore longue pour se rendre en Ecosse. La fin de la guerre approchait et la France Libre comptait bien y prendre part.  Elle ne devait pas faire attendre le Général de Gaulle.

FIN

J’espère que l’aventure imaginée par Gabrielle vous a plu. Je suis très fière d’avoir pu partager son travail avec vous et vous invite à découvrir son  blog , où elle propose régulièrement ses projets d’écriture. J’ai adoré ce projet qui sort complètement du cadre habituel du blog. Merci encore Gabrielle de nous avoir offert cette lecture captivante ! C’est un très beau cadeau que tu nous as fait.

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Et si on continuait l’aventure ensemble :

quelle suite imaginerais-tu à l’histoire de Gabrielle ?

 

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