blog de Daphné

Ce que l’échec m’a appris

Dans notre société qui voue un culte à la performance, l’échec semble impensable. Il faut être dans le contrôle, la croissance infinie. Dès tout petit on nous apprend à comparer nos résultats à ceux des autres. On est sommés de dépasser nos limites pour atteindre notre but : la réussite .

Pourquoi il faut expérimenter pour avancer

Mais il faut aussi affirmer sa singularité. Etre soi. Unique. Et surtout : créatif.

Ah, la créativité ! C’est qui te distingue de la masse, te permet de proposer des idées fraîches, qui vont bousculer les codes. La créativité est encouragée, valorisée – quel que soit notre domaine, elle fait de nous des champions qui « performent » plus que les autres.

Oui mais. Créer, c’est d’abord expérimenter. Dessiner des idées, noter des concepts, tester des trucs. Qui marchent – ou pas. On réussit très rarement du premier coup. On essaie un truc, se plante, ajuste, ré-essaie autrement. On y va au pifomètre, tient compte de ses erreurs pour se remettre à l’ouvrage. Parfois, le truc foire complètement et on est déçu.

échouer

L’échec : l’autre face de la réussite

Mais doit-on l’être en fait ? L’échec n’est finalement que l’autre face de la réussite. On oublie trop souvent que les deux sont liés. A force de valoriser la réussite, on occulte toutes les tentatives ratées sans lesquelles on n’aurait jamais atteint notre but.

Parce que bien souvent, on ne sait même pas au départ vers quoi on va exactement. On a une idée, une intuition vague. Mais c’est en se plantant qu’on comprend réellement dans quelle direction il faut avancer. Et c’est au fil de nos essais-erreurs, des vagues qu’on se prend en pleine face, moments de doute, petites victoires et changements de cap que la bonne direction apparait enfin.

Alors ne devrait-on changer de regard et valoriser tous ces échecs qu’on a essuyés en cours de route ? Parce que finalement, ce sont eux les petits cailloux qu’on a semés pour trouver le chemin de la réussite. Qui sait combien de temps on mettra à trouver le bon chemin – et peut importe finalement. Parce qu’il n’y a pas réellement d’échec tant qu’on n’a pas abandonné.

Etre toujours plus performant

Que se passerait-il si on arrêtait de chanter les louanges de la performance ? Celle qui nous fait dire d’un air dégagé : « oh, c’était 3 fois rien tu sais ». Bordel non voyons : admettons qu’on en a bavé, qu’on a douté, qu’on s’est mille fois trompé de direction et qu’à chaque instant on a envie de tout remettre en question. Qu’on a bâti un château de cartes et qu’à tout instant, on craint qu’un coup de vent ne jette tout à terre.

A force de clamer qu’il faut « performer » avec facilité en enchainant les succès pour « réussir sa vie », ne risque-t-on pas de se couper les ailes et perdre confiance en soi ?

Il y a la craindre de ne pas y arriver quand on est en bas de l’échelle, mais aussi celle – permanente – d’en retomber quand on est enfin arrivé en haut. Et si plutôt que de colporter des légendes contemporaines, on acceptait de dévoiler nos failles ? Oui :

  • rien n’y fait, j’ai toujours peur de la page blanche
  • je rature 10 fois avant de trouver le juste trait
  • mes gâteaux sont trop ou pas assez cuits
  • mon étagère pas vraiment droite
  • je me plante en faisant la mise au point pour prendre une photo
  • et j’ai perdu le fil de ce que voulais dire dans cet article

blog be frenchie

Pas de réussite sans échec

Et alors ; que risquerions-nous en montrant nos failles ? De dévoiler notre part d’humanité, probablement. De tendre la main pour aider d’autres à gravir les barreaux de l’échelle, plutôt que de leur écraser les mains pour nous empêcher de nous rejoindre. On se sentirait plus libres d’expérimenter, sans avoir peur du regard de l’autre. On ne serait plus dans le jugement ou la comparaison mais dans l’entraide et la valorisation.

Alors je me dis qu’on aurait tout à gagner à parler autant de nos échecs que de nos réussites. Parce qu’ils sont les deux faces de la même chose.

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Anne

C’est très lié à notre éducation aussi. J’ai participé à des échanges avec les USA, on n’aborde pas cela de la même façon. C’est l’histoire de la maman au parc, la française dit “attention tu vas tomber”, l’américaine dit “bravo, tu es un champion”…

Val Lao sur la Colline

C’est EXACTEMENT ce que j’allais dire !

Val Lao sur la Colline

Je te rejoins complètement dans ton argumentaire. J’ai essayé d’apprendre à mes filles que OUI, elles ont le droit de se tromper, et même que c’est comme ça qu’on apprend. Pas si facile à inculquer tout au long d’une scolarité classique.
Je trouve que chaque erreur est plus formatrice que toutes les réussites réunies (à condition d’en tirer leçon, évidemment).
Tu as mille fois raison quand tu dis qu’il faut admettre (et montrer) que le parcours a été semé d’embûches, que ce n’est pas si facile / vite fait / cool d’en arriver là. Sans quoi, ceux qui ne savent pas que tu en as bavé pensent qu’ils sont nuls de ne pas y arriver, or c’est faux. On en revient encore à cette façade des réseaux sociaux, d’ailleurs, qui oeuvre largement en faveur de cette construction mentale.

Jo Ridée Rieuse

C’est vrai, en France, on rabaisse ceux qui se trompent au lieu de les encourager.
Par contre, quand on ne réussit pas dans un domaine, il faut aussi comprendre qu’il ne faut pas insister.
Je rate systématiquement tous mes desserts, ça ne ressemble jamais à la photo et si ça passe au four, c’est une catastrophe. J’ai mis du temps à l’accepter mais maintenant je ne fais plus de desserts, c’est clair dans ma tête. C’est une perte de temps pour rien.
Dommage pour nos amis qui ont tous des photos de mes ‘ratages’ et qui se moquaient gentiment.

Yanne
Yanne

J’avais coutume de dire à mes enfants, quand ils faisaient face à un échec : “la leçon valait bien un fromage” ! Et nous regardions ensemble ce qui avait foiré et pourquoi, pour nous réjouir de la réussite qui suivrait forcément puisqu’ils savaient dorénavant ce qu’il fallait faire et ne pas faire. Je crois que c’est extrêmement rassurant de décoder ce qu’on a loupé, du “ben, j’avais pas révisé la bonne leçon” à “je n’ai pas du tout compris comment ça fonctionnait”, “ça” pouvant être un tas de choses y compris quelqu’un !
J’ai horreur des gens qui répondent “oh, c’était facile” quand on les félicite. Moi, j’avoue franchement que j’ai “beaucoup bossé” et “tiré les leçons des foirages précédents”, mais c’est peut-être parce que j’ai toujours le complexe de l’imposteur ! 😉
J’aime bien l’idée que l’échec soit “le brouillon de la réussite” et je tiens tête à mon boss qui est prompt à tonitruer quand on se plante !

Claire
Claire

Bien d’accord. Si on tente des choses nouvelles, on va forcément se tromper et ainsi avancer petit à petit.
Celui qui ne veut jamais se tromper, reste dans sa zone de confort et n’apprend pas (ou alors il est trop fort! Ahahaha!).
C’est ce que je dis à ma fille et ce qu’elle entend également de la part de la plupart des instituteurs qu’elle a eu jusqu’ici, et c’est top.

Alice & Shiva

Coucou, superbe article, c’est un sujet qui me passionne ! Et j’ai de plus en plus envie de “célébrer” l’échec.

Fanchette
Fanchette

J’avoue que j’ai la sensation de “ruminer” beaucoup mes échecs… Mais en te lisait, je me dis que peut-être est-ce ma manière d’en tirer des conséquences qui s’avèrent positives au final ?
J’avoue aussi que je fais tout pour les éviter, les échecs : je potasse à fond, je m’entraîne comme une dingo… Alors oui la réussite c’est pas facile. et je ne minimise que rarement mes efforts : oui j’ai passé 26 h à coudre ce manteau, oui j’ai rencontré 12 spécialistes pour comprendre (à peine) le fonctionnement du rumen d’une vache, et oui j’ai testé 15 recettes de Lemon curd pour en trouver une qui est effectivement délicieuse, inratable… et vraiment facile !
Par exemple, je garde le souvenir cuisant de mes échecs (oui oui MES) au permis de conduire : j’ai jamais raté un examen de ma vie et là quoi quoi quoi, ce guignol d’examinateur me dit que non, je ne suis pas capable : mais ho, je viens de conduire pendant 20 mn là et si t’avais pas soupiré comme une baleine, j’allais le réussir ce créneau : de toute manière j’ai pas besoin de savoir faire un créneau je vis à Plouc-les-Bains et je bosse à Nowhere-sur-Troufignon…
Par exemple sur le dossier de la brioche : j’ai pas encore digéré tous mes échecs successifs. On me dit qu’un robot est nécessaire. Mais mémé n’avait pas de robot alors je dois y arriver aussi… J’ai d’ailleurs épinglé une recette de ce blog pour ma prochaine tentative – mais j’y vais une fois pas an, l’échec c’est dur à vivre quand même, point trop d’en faut 😉

Marie Bambelle

Fanchette, ne sois pas trop dur avec toi même : la brioche, c’est la merde.
Et c’est une fille qui a du en faire une le jour de l’examen de son CAP Pâtisserie qui te le dit !
Et ce jour là, c’est moi, avec mes mimines, qui ai rattrapé le pétrissage foiré par le robot, sous les yeux approbateurs de l’examinateur. Du coup, alors qu’il venait de prendre un tas de note en jetant un oeil circonspect dans le pétrin, j’ai regagné des points, je l’ai senti. (et aussi, j’ai réussi l’examen).
Alors on a beau dire, mais rien ne remplace complètement les mains !

PS : le secret, c’est de pétrir jusqu’à ce que ça ne colle plus. Si ça colle encore, il faut pétrir encore. C’est assez angoissant parce que ça peut prendre un certain temps, mais je te jure que ça fini par ne plus coller.
Tu sais comment j’ai appris ?
EN ME PLANTANT ;D

Fanchette
Fanchette

Hann : t’as ton CAP patisserie ?!!! Tu m’épates.
Bon ok : la prochaine fois je pétris jusqu’à ce que ça ne colle plus même si ça doit durer 2 h : je ne lâcherai pas l’affaire (j’ai toujours tendance à vouloir rajouter la farine…

Soa

Exactement, l’échec est indispensable et forge.

Sebath
Sebath

Merci pour cet article qui fait du bien ! Je me retrouve dans tes écrits et les commentaires (tu as une super communauté !!!).
Et puis c’est un peu barbant ces histoires de gens qui réussissent (paraissent réussir) tout , non ?

Myrtilla

C’est tellement vrai ! Certes ça fait mal sur le moment, mais en y réfléchissant bien, on se rend compte que ça nous a appris des choses et qu’on en ressort plus grands 🙂 Merci pour ton article !

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